En lutte contre la gentrification

Bonjour, il y a quelques moi j’ai eu la chance de pouvoir participé à l’édition du nouveau numéro de la revue Assigées. Parmis les différentes contributions que j’ai faite, j’ai co-écrit un article sur la gentrification avec Malek Cheikh. Dont voici un extrait : 

La gentrification désigne “un phénomène de colonisation des quartiers populaires par des populations d’un rang supérieur”. Ce terme renvoie donc à une logique qui organise l’espace urbain en repoussant les pauvres hors des villes. Mais sa mécanique peut différer : ce qui se joue à Marseille n’est pas tout à fait la réalité parisienne ou new-yorkaise mais il peut y avoir des échos. La gentrification n’est pas seulement l’affaire des “bobos” ou des “hipsters”, séduits par l’environnement “exotique” des quartiers populaires et le prix du logement. Il s’agit également de politiques publiques, de projets d’aménagement qu’il faut replacer dans le contexte plus global du capitalisme mondialisé.

Avec la désindustrialisation, les postes d’ouvriers sont en déclin tandis qu’avec la métropolisation se multiplient ceux des cadres dans les grandes villes. Les maths sont alors très simples : plus le nombre d’habitants augmente sur une surface donnée, plus le prix de l’espace se multiplie. Les grandes villes deviennent alors des espaces de luttes féroces pour le droit d’occupation. Les classes populaires se voient exclus d’emblée de la possibilité de jouer : une exclusion géographique, doublée d’une ostracisation politique et sociale. Mais peu à peu les classes moyennes perdent également la bataille. Ces dernières cherchent alors à se (re)localiser : si possible en restant proche du centre mais en économisant sur le prix du loyer ou, encore mieux, de l’achat. Elles jettent alors leurs dévolus sur les quartiers populaires qui deviennent les nouvelles destinations à la mode. La conquête de l’espace commence par la classe moyenne, les artistes, parfois les étudiants, puis elle est vite suivie par la classe bourgeoise et avec elle un changement complet de configuration des lieux : le prix du mètre carré s’envole, les commerces de proximité permettant la vie quotidienne sont rachetés pour être transformés en boutique de luxe ou attrape-touriste, les bâtiments font l’objet de rénovations, voire de destruction totale, et le nombre d’Habitats à Loyer Modéré diminue drastiquement ou ne permettent pas le relogement… Il faudrait bien entendu prendre en compte les spécificités de chaque localité car la gentrification n’est ni naturelle, ni linéaire et c’est bien pour cette raison que la résistance est possible! Avec la gentrification, la chasse aux pauvres et aux non-blancs est ouverte, car en plus de transformer la vie de quartier il s’agit également de l’harmoniser. 

Manon Vergerio évoque trois raisons pour expliquer la gentrification comme “un nouveau colonialisme” : la continuité avec les politiques racistes étatiques, l’effacement des groupes racisés, et une mécanique qui s’appuie sur “la violence policière parrainée par l’État (‘state-sponsored police violence’)”. D’après elle : “Beaucoup de résidents, militants, et activistes dans ces quartiers utilisent ce qu’on appelle une root cause analysis (une analyse systémique qui remonte à la source), pour montrer que la gentrification (…) s’inscrit dans une longue lignée de politiques publiques discriminatoires contre les personnes racisées.” Autrement dit, ce sont les mêmes corps qui ont été historiquement dépossédés de leur force de travail ou de leurs terres qui se retrouvent actuellement expulsés de leurs quartiers. La gentrification peut aussi être rapproché de la colonisation en ce qu’il s’agit d’un processus “d’effacement” de la culture qui existait dans un quartier auparavant (“erasure”).” Manon Vergerio ajoute que “La dimension coloniale se retrouve aussi dans la rhétorique” qui  dresse un portrait positif des nouveaux arrivants, ces “pionniers” présentés commes des “sauveurs qui viennent améliorer un quartier en perdition, qui vont amener de l’innovation et “revitaliser” un quartier, le rendre plus beau ou plus sûr”. Enfin, : “on observe souvent une intensification des violences policières qui “nettoient” et “sécurisent” le quartier avant l’arrivée des classes aisées.” On peut ainsi y souligner le vocabulaire développé par les  luttes des quartiers populaires et de l’immigration en France qui parlent de “gestion coloniale des quartiers” comme nous sommes héritiers du MIB (Mouvement immigration banlieues).

 

L’article au complet est désormais disponible gratuitement en ligne sur ce LIEN : REVUE ASSIEGÉES ainsi que tout le reste de la revue si cela vous intéresse.

Sinon les chroniques reviennent à partir de septembre.

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