Non, les couples mixtes ne sont pas la solution au racisme. (article)

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Ces derniers temps, sur Facebook, j’ai pu voir passer pas mal d’images de couples interraciaux (la plupart du temps un homme noir et une femme blanche) accompagnées d’une phrase du type: « voici la meilleure réponse aux racistes ».  D’autres présentaient des enfants ayant une peau « caramel », les yeux clairs verts/bleus, les cheveux curly… et le tout avec des phrases du type “fuck racism, have mixed babies” (Fuck le racisme, faites des enfants mixtes).

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Jade

 

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Racisme et santé mentale : les institutions ne sont pas prêtes pour nous.

La santé mentale et ses traitements sont tabous dans les communautés noires mais il semble que le sujet arrive petit à petit à recevoir une certaine attention. Au cours des deux dernières années, plusieurs évènements (rencontres, discussions…) autour de cet enjeu se sont tenus. De plus, de nombreux posts, articles et vidéos ont été mis en ligne et relayés par les réseaux sociaux depuis. Mais, selon moi il y a un aspect qui ne reçoit pas tant d’attention ou d’intérêt dans les discours grands publics : le racisme et son impact direct sur la santé mentale. Non pas le racisme tel que déployé par les institutions, notamment médicales, mais bien de quelle manière « naviguer » dans une société structurellement hiérarchisée par la race, en tant que personne noire, affecte la santé.

Une étude a été réalisée aux États-Unis sur la promotion « 1970 » de l’université de Yale. Cette étude, unique en son genre, consistait à identifier qui, au sein de la promotion, était encore en vie et qui était décédé.e. L’idée était de prendre un bassin de population issu globalement du même contexte socio-économique et de comparer leur espérance de vie. En effet, même si en tant que société l’on aime se concentrer sur les success stories, en réalité, les parcours de vie des individus, des plus riches au plus pauvres, restent très largement les mêmes sur plusieurs générations. Ainsi en sélectionnant une prestigieuse université, l’équipe de recherche se retrouvait avec des candidats ayant globalement le même type de background et le même type de carrière établie devant eux.

En dépit de la similitude des profils, le constat est très vite apparu : une grande majorité des étudiant.e.s noir.e.s de cette promotion était d’ores et déjà décédé.e.s. À tel point que l’écart de vie entre les étudiant.e.s blanc.he.s et les étudiant.e.s noir.e.s s’élevait à un niveau de décès 3 fois plus élevé. Surprise par cette différence extrêmement marquée, l’équipe de recherche a élargie la population de l’étude en comparant l’espérance de vie entre étudiant.e.s noire.e.s diplômé.e.s de Yale et étudiant.e.s blanc.he.s ayant abandonné l’école en cours de route. Résultat ? L’écart se vérifie à nouveau avec une différence de mortalité toujours aussi grande en faveur des étudiant.e.s blanc.he.s. Comparé même avec des élèves blanc.he.s ayant juste un diplôme moins élevé, les diplômé.e.s universitaires noir.e.s meurent plus tôt.

D’où la question : que se passe-t-il ?

La 1ère dimension que l’équipe examine est celle de l’impact du racisme du côté institutionnel. Comme prouvé, les populations racisées sont moins bien traitées au sein des milieux médicaux : les professionnel.les de la santé ont tendance à minimiser les symptômes, à prescrire moins de médicaments, à retenir moins longtemps à l’hôpital, à donner des soins de moins bonne qualité, etc.. aux personnes racisées. Cette différence de traitement a pour conséquence directe de raccourcir l’espérance de vie des personnes racisées. Néanmoins, si ce facteur est pris en compte dans l’étude, il est toutefois considéré comme insuffisant pour expliquer entièrement l’écart souligné. En effet, une grosse majorité de ces individus fait partie d’une classe sociale élevée, ce qui en soi leur permet de compenser quelque peu par un accès au secteur médical privé. De plus cela n’explique pas non plus la tendance des populations noir.e.s a développé plus de problèmes de santé, à un âge plus jeune, que le reste des étudiant.e.s et ce dans le même type d’environnement de vie.

La réponse en fait se trouve dans le racisme en tant que tel. L’équipe de recherche va ainsi estimer que le fait même de vivre dans une société où, en tant que personne racisée l’on subit des micros et macros agressions continuellement, a un impact direct sur la santé de manière très négative. En effet, le stress provoqué par un environnement hostile et le fait d’être perpétuellement « sur vos gardes », a des conséquences sur le corps et le mental. Les effets physiques sont extrêmement larges puisque le stress attaque directement votre corps : pression sanguine plus élevée, plus grand risque d’ulcère, plus grandes difficultés à vous relaxer, des troubles du sommeil, de l’appétit… et les conséquences sont variées allant de maladies cardio-vasculaires, à l’ulcère, voire aux cancers. (*)s

Et quels effets sur la santé mentale ?

Ce n’est que récemment que des études (**) ont commencé à s’intéresser sur l’impact mental occasionné par la discrimination et le racisme. Les recherches soulignent ainsi que les personnes racisées développent de nombreux mécanismes de survie face aux discriminations notamment en étant constamment en « alerte ». Or, être sur ses gardes perpétuellement, en plus de devoir subir les conséquences de ces agressions, finit par avoir de lourdes conséquences à long terme Ainsi l’attente, la suspicion, l’angoisse, le fait de subir ou d’être témoin de discriminations, la peur que son entourage en soi victime, mais également le fait de vivre dans une société qui bombarde continuellement de discours et d’actes prouvant la réalité de ces peurs, a un effet catastrophique sur la santé mentale des personnes racisées. Elles développent ainsi une plus grande tendance à la dépression, à l’anxiété, à des troubles de l’alimentation, à tomber dans l’addiction de substances tel que la drogue ou l’alcool… Les personnes racisées ont aussi un sens du futur plus restreint, en d’autres termes, elles se projettent plus difficilement dans l’avenir pour rester constamment en mode survie, etc.

Certain.e.s expert.e.s parlent même aujourd’hui d’utiliser les mêmes critères que pour les diagnostics de PTSD (Post Traumatic Stress Desorder) pour être capable de juger de la santé mentale des personnes racisées. Le PTSD est un diagnostic donné notamment lorsque des individus survivent, ou sont témoins, d’un trauma si intense que les effets se font encore sentir bien après que l’individu ne soit plus en danger immédiat. (Ex. le taux de PTSD est très élevé chez les personnes ayant survécu à des zones de guerre donc un contexte de vie où la violence est omniprésente et les risques constants.)Actuellement, on a donc des professionnel.le.s de la santé mentale qui discutent pour établir et faire reconnaître un diagnostic appelé RBTS (Raced Based Traumatic Stress) soit le Stress Traumatique sur une Base Raciale en français.

Au Canada, la Commission de la santé mentale a publié un rapport indiquant que la population noire canadienne est exposée à de plus grands facteurs de risques. L’étude entreprend d’ailleurs de lister tous les déterminants qui ont un impact négatif sur la santé : de la violence conjugale en passant par les activités criminelles ou encore la dangerosité de l’environnement de vie.

Il est toutefois intéressant de noter que le racisme n’est pas mentionné comme élément probant. Aussi simple que cela puisse paraître, considérer que le racisme a un impact sur la santé des personnes racisées, que ce soit physique et/ou mental, commence à peine à être considéré par les études scientifiques et médicales. Jusqu’à présent, seules étaient prises en compte les conséquences d’un comportement racialement motivé. Par exemple, les effets liés au fait d’être moins bien soigné à l’hôpital ou de se voir refuser un logement; or désormais il y a des données indiquant que le fait même de vivre dans une société qui vous est hostile est en soi un facteur aggravant. Au point que des professionnel.les de la santé déclenchent les sonnettes d’alarmes et encouragent la création de nouvelles terminologies ainsi que de nouvelles ressources pour mieux accompagner les populations ciblées. Car malheureusement une autre réalité est mise en avant par la littérature scientifique et soutenu par plusieurs témoignages : le milieu médical de la santé mentale n’est pas prêt pour les personnes racisées.

En effet, la santé mentale est encore un tabou au sein des communautés racisées, et il est important d’en parler, mais l’institution médicale leur a toujours fait défaut, et il faut l’aborder également. Lorsque des individus issus de la communauté noire cherchent de l’aide auprès de professionnel.le.s de la santé mentale, ce qu’ils trouvent, en général, est au mieux une incompréhension totale de leurs conditions de vie, au pire un déni complet. On a entendu et lu des histoires de practicien.ne.s refusant d’écouter leur patient.e quand il s’agissait de parler de racisme ou de discrimination, contredire constamment leurs témoignages, se montrer ouvertement raciste dans leurs diagnostics ou leurs appréciations de la situation. C’est oublier à quel point la violence d’une telle rencontre peut être dévastatrice pour une personne dans le besoin. À cela s’ajoute un manque de formation et d’outils spécifiques pour répondre à aux besoins des personnes racisées; mais aussi le refus de reconnaître la complexité et toute l’étendue de leurs expériences de vie. L’une des pistes de solution pourrait être une présence plus accrue de personnel.le.s qualifié.e.s noir.e.s dans le milieu de la santé mentale.

Peut-on être optimiste ?

Si l’on considère que les travaux mettant en lien racisme et santé mentale sont encore très récents; si l’on accepte d’avoir une discussion qui englobe toutes les facettes du problème et pas uniquement la stigmatisation des personnes racisées comme seul.e.s responsables du problème; si l’on aborde les enjeux de santé mentale en partant d’une réflexion rigoureuse sur le fonctionnement des institutions médicales ainsi qu’une conscientisation globale sur l’impact du racisme dans tous les domaines de notre vie… alors on peut être optimiste. Espérons que cela se fasse vite car au vue de noter espérance de vie actuelle, nous en avons cruellement besoin.

(*) Selon des statistiques, il y a plus de femmes noires atteintes de cancers de l’utérus et de cancers du sein aux Etats-unis.

Les fibromes utérins : un problème de santé grave chez les femmes d’origine africaine

https://www.em-consulte.com/en/article/113872

 (**) La plupart, pour ne pas dire toutes les ressources bibliographiques sont en anglais et concernent les États-Unis d’Amérique. Il faudrait que ces études soient traduites, multipliées et étendues à d’autres sphères comme le Québec par exemple où un cas récent de « racisme et santé mentale » est paru dans les medias. (https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/actualites-judiciaires/201901/16/01-5211306-harcelement-au-travail-quand-le-racisme-rend-malade.php )

Ressources : 

Racism as a Determinant of Health: A Systematic Review and Meta-Analysis ARTICLE

Collectif Cases Rebelles

Cette émission n°72 est consacrée à la santé mentale à travers différents sujets, différentes sources, différents territoires ; Trinidad, Canada, Sénégal, France… On y parle exil, enfermement, complicité, famille, isolement, etc. Bonne écoute !

(c) Jade Almeida – NeoQuébec  (2019)

Cet article est tiré de la chronique vidéo du même, disponible sur la page www.facebook.com/NeoQuebecom et ICI

Cessez d’utiliser le mot « esclavage » à toutes les sauces !

Cet article date de 2017 mais disons que le propos reste d’actualité.

Le 18 octobre dernier nous avons reçu le témoignage d’une jeune femme ayant assisté à la première soirée de la 8ème édition du fashion preview à Montréal. Le premier défilé était présenté par les étudiant.es du Cegep Marie Victorin et avait pour thème « l’esclavage technologique ». Ooook. Déjà rien qu’au titre j’ai senti mes épaules se crisper. Esclavage technologique ? Ça ne promet rien de bon !

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Interview – Cases rebelles

Il y a quelques semaines j’ai eu la chance énorme d’être interviewée pour Cases Rebelles (vous savez la fameuse plateforme que je cite-partage-encense dans tous les coins ? Oui celle là !) L’interview est disponible en ligne sur leur site internet dont voici le lien : http://www.cases-rebelles.org/episode_81/

Même si mon interview ne vous intéresse absolument pas, je ne peux vraiment que vous encourager encore une fois à ouvrir, parcourir et partager ce site ! Leur travail est immense et mérite d’être diffusé le plus largement possible.

Encore merci à l’équipe de Cases Rebelles pour être entré en contact et pour cette merveilleuse interview (le travail de montage est clean de chez clean ! Et croyez-moi, avec mon débit de parole et mon habitude de rigoler en plein milieu d’une phrase, ça n’a pas dù être une partie de plaisir à faire !)

Sinon on se retrouve bientôt pour d’autres articles / chroniques.

Bon fin d’année.

Rapport sur le racisme systémique – LGBTQ+

« You literally cannot be a black queer woman! Because you can’t be black AND a woman AND queer. You are already black ! You are as far from a human being someone can possibly be. So why wait to be treated like one ? Only whites can have the luxury to be gay ! They are white ! They can compensate! (Fiche #16) »

L’année dernière j’ai été chargée de réaliser un rapport sur le racisme systémique dans la communauté LGBTQ+ montréalaise. Le rapport étant en ligne et consultable gratuitement, je me suis dit que j’allais également le partager ici :

RAP_Conseil_Quebecois_LGBT

Il est majoritairement composé de témoignages de personnes s’identifiant comme racisée et membre de la communauté LGBTQ+. Ielles racontent le type de barrières qu’ielles vivent et la manière dont malheureusement le milieu militant LGBTQ+ participe de leurs oppressions.

 

Ce qu’il faut retenir du flop de la commission sur le racisme systémique.

Cet article date du 17 octobre 2017 et a été originellement publié sur le site néoquebec.com

Tout d’abord que les choses soient claires : à l’heure où je rédige cet article aucune décision n’a été prise de manière définitive quant au maintien, report ou annulation de la Consultation. Néanmoins, quelle que soit l’annonce faite à ce sujet, nous sommes arrivé.es à un stade où, de toutes les façons, rien de bon ne pourra en sortir. Aussi est-ce que j’appelle en termes polis, un méga flop (je dois admettre que mon langage est bien plus fleuri en dehors des médias, mais passons).

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